Quatre ans après Madrid : où est le front d'Al-Qaida en Europe?

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Au matin du 11 mars 2004, 191 personnes perdaient la vie dans un tragique attentat terroriste perpétré dans certains trains de banlieues de Madrid. Après ces attentats, bon nombre de spécialistes de la sécurité ont clamé haut et fort qu’il s’agissait du signal annonçant l’ouverture d’un front actif d’Al-Qaida en territoire européen.

Après quatre ans, force est d’admettre que le fameux front qu’Al-Qaida devait ouvrir dans la région ne s’est pas concrétisé. Certes, des attentats ou des tentatives d’attentats se sont produits, mais nous sommes loin des attaques de masse tels que prévus par les tenants d’une hausse du risque terroriste européen. En fait, il est pertinent de noter que depuis 2001 le nombre d’attentat se produisant sur le territoire européen est en baisse constante, passant de 653 pour 2001 à 294 pour 2007.

Certains diront toutefois que cette tendance à la baisse ne se reflète pas dans le nombre de morts liés aux attentats. Ils ont raison sur la forme. Depuis 1998, l’Europe compte plus de décès engendrés par le terrorisme que l’ensemble de ce que s’est produit de 1968 à 1997. Toutefois, 2004 est une année exceptionnelle en terme de victimes – au même titre que 2001 l’a été pour les Etats-Unis. Seulement pour cette année, nous avons pu dénombrer environ 730 morts aux mains de terroristes, dont 191 seulement dans l’attentat de Madrid. Depuis, la moyenne du nombre de décès liés au terrorisme en Europe est d’environ 92 par année, avec une tendance à la baisse notable. Sur le fond, il est donc difficile de parler d’un risque terroriste plus élevé en Europe.

Sans surprise, les régions qui sont les plus à même de subir des attentats terroristes se trouvent se trouvent au Moyen-Orient. Or, depuis les derniers mois, la situation du terrorisme dans cette région s’est rapidement transformée. Nous faisons face à des méthodes terroristes qui, sans être radicalement révolutionnaires, sont de plus en plus sophistiquées. Notons par exemple l’exploitation des attentats par vagues successives d’explosions. La tactique est relativement simple. Une première bombe est détonnée. Elle blesse et tue des gens. Les secours arrivent, et c’est à ce moment qu’une seconde explosion se produit, engendrant d’autres victimes, dont évidemment certains premiers répondants.

C’est aussi dans cette transformation des méthodes terroristes que nous pouvons trouver la raison expliquant le nombre relativement élevé de victimes européennes par rapport au nombre d’attentats commis. Comme dans le cas du Moyen-Orient, deux facteurs influencent la hausse de mortalité des attentats : les cibles visées et la sophistication de l’attaque. Dans le premier cas, il faut se rendre à l’évidence que les terroristes se tournent de plus en plus vers des cibles dites « civiles », comme le transport en commun, ou les lieux publics par exemple. Dans le second cas, l’utilisation de tactiques suicidaires, ou encore méthodes non orthodoxes pour perpétrer l’attentat.

Quoi penser pour l’avenir?
La question qu’il est toutefois impératif de se poser est : que devrons-nous – que pourrons-nous - faire avec le terrorisme présent dans les régions du Moyen-Orient, notamment en Irak et en Afghanistan? Présentement, les attentats terroristes sont pour la majorité menés en réaction à la présence des forces armées occidentales présentes dans la région. Or, que se passera-t-il lorsque ces forces seront retirées? Nous ferons face une série d’individus clairement motivés et socialisés à l’utilisation de la violence, formés à être efficace dans la perpétration d’attentats terroristes de plus en plus sophistiqués et qui, d’un seul coup, auront perdu leur cause.

S’il serait faux de penser que ces individus présenteront une menace directe pour l’occident, ils risquent toutefois d’être une menace directe pour les régimes de la région. Leurs vues, leurs objectifs sociopolitiques et leurs actions risquent, à terme, de devenir des éléments perturbateurs pour les autorités du Moyen-Orient. Certains d’entres eux se chercheront probablement une cause à « défendre » et elle pourrait fort bien se trouver dans la contestation des régimes en place.

Par contre, ces terroristes représenteront certainement une menace indirecte pour les États occidentaux. Leurs actions, leur propagande, et l’influence morale que de tels individus peuvent avoir peuvent éventuellement influencer d’autres personnes à passer à l’acte terroriste. Et, c’est justement au travers de ce genre d’influence qu’il sera peut-être possible de voir l’ouverture d’autres fronts liés à la nébuleuse d’Al-Qaida. Ces fronts ne prendront vraisemblablement pas l’allure à laquelle nous nous attendions. Ils seront ouverts avec des attentats du type de ceux que nous avons pu voir lors des attentats de Londres en 2005. Ce seront des individus intégrés aux sociétés visées qui les mèneront, et ils auront obtenu leurs motivations et leurs justifications morales au travers des discours des terroristes du Moyen-Orient.