Sur Montréal-Nord...

Émeutes à Montréal-Nord
Tout d'abord, il est primordial de constater que la gestion actuelle de l'événement est en train de faire en sorte qu'un incident grave risque d’avoir pour effet de le transformer en crise. Rappelons qu'une crise se produit généralement quand les citoyens perdent confiance dans leurs institutions pour gérer une situation problématique. Force est d'admettre que les réactions des autorités de sécurité et des autorités politiques face à la présente situation n'a pour effet que de mettre de l'huile sur les feu : les citoyens de Montréal-Nord sont en train de perdre (le peu) de confiance qu'ils avaient dans les instituions de sécurité.

Au-delà de constat, il est indispensable de rappeler que la situation actuelle à Montréal-Nord n'est pas une situation d'insécurité stricto sensu. Certes, il y une criminalité rampante dans le secteur, et les émeutes marquent une instabilité dans la paix sociale du milieu. Mais, nous sommes loin d’assister à une insécurité crasse comme celle qui est présente à Bogota! Évidemment, il ne s'agit pas ici de réduire la portée des récents incidents, ni celle des actions des gangs de rue agissant dans le secteur. Il s’agit plutôt de la replacer dans un contexte plus global, tempérant ainsi la perception que nous pouvons avoir du secteur.

L’analyse que nous pouvons poser par rapport à la situation de Montréal-Nord est que nous faisons essentiellement face à un problème de perception; c'est le sentiment de sécurité qui est effrité, plus que la sécurité elle-même. Montréal-Nord est un quartier somme toute fonctionnel, mais c'est la peur que les citoyens ont par rapport à certains événements qui empêche le « vivre normalement » et le « vivre ensemble ». Le constat est relativement simple : quand les gens ont peur de sortir de chez eux, il est clair qu'ils ne s'approprient pas leur espace de vie, laissant ainsi l’opportunité aux criminels de mettre la main sur les rues.

À cette situation de sentiment d'insécurité s'ajoute le fait que les citoyens ont de moins en moins confiance dans leurs institutions de sécurité. Disons-le, les dernières années ont été meublées par une série d'événements très éprouvants pour l'image des institutions de sécurité publique : affaire Maher Arar, tensions palpables dans la gestion de l’affaire Cédrika Provencher, dossier concernant l’utilisation abusive du « Taser », etc. Autant d’exemples où la confiance du public envers les institutions de sécurité nationales et provinciales se voit diminuée. Or, les tergiversations actuelles en ce qui concerne la présente mise en place d’une éventuelle enquête publique n’aidera en rien l’image ternie des institutions de sécurité québécoises.

Quand le citoyen n’a plus confiance dans ses forces policières, ces dernières se voient dépeintes comme de vulgaires outils d'application de la force et de la répression étatique. Dans ce contexte, il est clair qu’une résistance s’installe et se manifeste. A contrario, une hausse de la confiance du citoyen en ses institutions de sécurité a un effet positif sur l'image des instruments d'application des lois - le citoyen ne se sent pas surveillé et soumis à un exercice coercitif du pouvoir étatique, et perçoit même qu'il participe lui-même à sa propre sécurité, ainsi qu’à celle de ses concitoyens.

Dans cette optique, il nous apparaît non seulement nécessaire de tenir une enquête publique en ce qui concerne les incidents de Montréal-Nord, mais il nous semble primordial d’engager une réflexion plus large sur le rôle des institutions de sécurité au Québec. Car, si une enquête publique calmera vraisemblablement le jeu en ce qui concerne la quasi crise actuelle, elle n’éliminera pas le sentiment de fond que bon nombre de citoyens éprouvent par rapport aux institutions de sécurité, soit une profonde suspicion par rapport à leurs activités.