Imposition de quotas à la STM : détournement de sens dans la sécurité?

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Nous apprenions dans La Presse du 12 mars 2008 que la Société de transport de Montréal (STM) imposait des quotas à ses agents de sécurité quant à l’émission de constats d’infraction. Le reportage nous apprenait que « Les agents de surveillance du métro doivent rédiger trois constats d’infraction par jour à défaut de quoi la Société de transport de Montréal (STM) peut recourir à des mesures disciplinaires […] » En d’autres termes, les agents de sécurité de la STM doivent impérativement agir comme chasseurs d’infractions.

Cette mesure peut-être perçue comme étant avantageuse par les dirigeants de la STM. Alors que les policiers sont maintenant en fonction dans les services de la STM, la société se donne la possibilité de réutiliser les ressources de sécurité à d’autres fins en faisant remplir d’autres rôles aux agents de sécurité. Accessoirement, la STM peut espérer une source de revenue relativement stable, tout en s’assurant du respect de ses règles de conduite dans le métro et les autobus.

Soit.

Par contre, une telle mesure est un non sens d’un point de vue sécuritaire. Il s'agit d'une politique qui, à terme, a une influence sur la sécurité des usagers des transports publics. Plutôt que de s'assurer de la sécurité des usagers, en faisant de la prévention ou encore en effectuant de la surveillance dans les endroits risqués, les agents se transforment en instrument de validation des titres de transport. Des infractions qui, disons-le, sont pour la plupart loin d'être des risques pour les utilisateurs du transport en commun – ne pas payer son titre de transport est certes répréhensible, mais de là à dire qu’il menace la sécurité des individus, il y a une marge.

Ainsi, au lieu d’être présents dans les endroits jugés plus à risque, les agents de sécurité vont plutôt tendre à être présents dans les endroits les plus fréquentés, histoire de pouvoir prendre sur le fait plus d’individus qui enfreignent le code de conduite de la STM. En agissant ainsi, la STM détourne donc le sens même des activités de sécurité. Ce n’est plus le bien-être des utilisateurs du transport en commun que les agents de sécurité recherchent, mais leur propre sécurité professionnelle. Objectif : ne pas recevoir de blâme en remplissant les quotas. Les usagers viendront en second. Peut-on leur reprocher? Quand la transgression d’une directive en place dans votre entreprise risque de vous attribuer une réprimande, la réaction normale et de l’éviter.

Toute cette affaire pose également la question de la légitimité des activités sécuritaires de la STM. Est-ce que le budget « sécurité » de la STM est vraiment dévolu à la sécurité ou il est exploité pour un sens détourné? Dans le cas présent, force est d’admettre que la question mérite d’être soulevée. Certains diront que sous ce poste budgétaire se cache une méthode de perception supplémentaire de fonds pour la société. Cet argument est fort probablement exagéré. Par contre, soutenir que la partie du budget liée à la sécurité ne remplie pas son rôle serait justifiable. Dans ce cas-ci, ce n’est pas tant la sécurité des individus qui est recherché, mais plutôt l’application d’un code de conduite, notamment le code tarifaire. Or, si la sécurité des usagers des transports en commun implique le respect du code de conduite de la STM, le respect de ce code n’implique pas nécessairement la sécurité.

Au final, il est légitime de questionner ce genre de pratiques. D’autant plus que la STM est une entreprise publique. Car, au-delà des prérogatives sécuritaires, force est de constater que la STM a jugé bon d’éliminer certaines considérations éthiques, afin de mieux atteindre ses objectifs. Étant donné le statut particulier de la STM dans les activités quotidiennes des montréalais, nous serions en droit de nous attendre à beaucoup plus de transparence de la part des administrateurs. Or, plutôt que d’agir de la sorte, les autorités de la STM préfèrent jouer les autruches et se taire. Pourtant, dans une entreprise dite publique, toute gestion devrait être sous-tendue par la conservation de la confiance du public. Ici, encore une fois, l’action de la STM soulève des interrogations.